Femmes de Gaspésie (Poème)

Introduction :

8 Mars- La journée internationale des femmes.
Même si cette reconnaissance se veut internationale, les femmes, elles, savent bien que la volonté de reconnaître ne l’est pas.

Le poète chante : La femme est l’avenir de l’homme.
Le Taliban hurle: La femme est l’esclave de l’homme.
En hommage à ces femmes libérées et à celles qui souffrent de ne pas l’être encore, j’offre un poème créé il y a déjà plus de vingt (20) ans en hommage aux femmes ayant apporté une contribution essentielle à l’édification de la Gaspésie.

Prière de noter que  » les premières arrivantes  » mentionnées au tout début du poème, incluent d’abord les femmes autochtones de la nation Micmac qui fut la première à occuper la péninsule. Les Micmacs firent preuve de grande générosité en aidant les acadiens qui tentaient d’échapper aux britaniques qui les pourchassaient et qui ont commis la grande déportation des acadiens qui n’avaient pu fuir.

FEMMES DE GASPÉSIE, 

Depuis les premières arrivantes, jusqu’aux dernières retraitées,
Femmes de courage, femmes d’abnégation.
Sur foi et détermination, ont édifié la Gaspésie.
Femmes de cœur et de raison.

Pays à construire, terre à défricher,
Enfants à naître et lendemains à l’arraché.
Nuits de frayeur, hommes retenus en otage
Par la mer vengeresse.

Nuits d’impuissance au chevet d’un enfant malade,
D’angoisse, pour l’homme parti gagner la vie,
Dans les profondeurs lointaines d’une forêt figée par l’hiver.
Drame, toujours redouté, malheur annoncé.

Bien lente progression pour aussi dur labeur.
Terre déchirée, terre ensemencée.
Maigres moissons, la terre gaspésienne se laisse prier.
Pour la femme forte de Gaspésie, rien pour acquis.

Pour elle, chaque heure de chaque jour,
Un morceau de pays à inventer.
Morceau de peur, morceau de larmes.
Morceau d’épuisement, morceau de vie.

Éreintantes cordées de linge battues par les vents de janvier.
Enfants nombreux, rieurs, sensibles et travailleurs,
Qu’il faut nourrir, vêtir, consoler, éduquer.
La femme de Gaspésie s’oublie sans même y réfléchir.

Elle le fait par amour, par engagement pour un projet,
Qu’elle ne peut imaginer sans lendemain.
Elle le fait pour les siens, pour ceux qui viendront.
Elle s’investit totalement dans le rêve gaspésien.

Morte en couche à son douzième enfant.
Mari ou fils mort sur un lointain champ de discorde.
Enfant rieur arraché par la mort sournoise,
La femme gaspésienne s’est  abandonnée

Sur souffrances accumulées, modernité érigée.
Produits et services, depuis longtemps mérités.
Economie frileuse, repos non permis,
Pour la poursuite du rêve gaspésien.

Les mères ont pleuré quand leurs enfants
Se sont aventurés sur la route de l’exil.
Elles firent belles, la maison et la table,
À l’annonce d’une courte visite annuelle.

Femmes d’honneur, femmes trompées,
Par politiciens évasifs, souvent venus d’ailleurs.
Femmes culpabilisées, par prêcheurs de pouvoir délégué,
Toujours venus d’ailleurs. 

Nourrir un rêve, comporte des risques.
L’abandon est risqué, l’amour est risqué.
La confiance déléguée, lien effiloché.
Femmes sans pouvoir, femmes d’espérance. 

La vie devenue plus facile,
Les femmes généreuses, le cœur à nouveau serré,
Sur terre conquise à coups de chagrins et de petits bonheurs,
Comprenaient qu’il ne fallait rien prendre pour acquis.

Usée, la mer.
Usé, le ventre de la terre.
Usée, la forêt.
Désertée, la terre. 

De leurs sépultures oubliées,
De leurs chambres étroites et peu fréquentées,
Tapissées de petits bonheurs,
J’entends ces femmes de Gaspésie murmurer. 

Qu’est-ce que ce pays inconnu?
Que sont, nos peines, nos espoirs devenus?
Pourquoi, tant de labeur, de nuits sans sommeil?
Qu’est-il donc arrivé ici ? 

Pierre Henri
Décembre 2000

Jean Ferrat chante « La femme est l’avenir de l’homme (Aragon) »

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