Introduction :
J’ai écrit ce texte en 2001, je ne suis pas le seul à penser que je pourrais après plus de vingt (20) ans, à peu de choses près, utiliser les mêmes mots pour illustrer les mêmes constats. Je ne suis pas un scientifique et intuitivement seulement, j’introduis le phénomène prévisible de Démondialisation sans penser que le Brexit me donnerait raison et l’actualité récente permet de penser que le processus initié par la GB pourrait se poursuivre à moyen et long termes.
Telle une marée montante,
………qui tire son énergie titanesque des profondeurs océaniques, la mondialisation tire la sienne de la nuit des temps. La première manifestation de la mondialisation eut lieu quand au détour d’un pommier, Ève rencontra Adam (…..). Cette brusque rupture d’avec une solitude désespérante donna soudain un sens au gigantisme naturel de l’habitat. De pommier en pommier, la famille s’agrandit. Un jour, la tribu se retrouva sur les rives d’un cours d’eau au delà duquel, une terre insoupconnée suscita une curiosité encore vierge chez les ébahis. Le premier chantier maritime de mémoire d’homme, livra des embarcations colmatées de confiance. Quand ils échouèrent sur la rive opposée, les survivants s’empressèrent de pénétrer ce nouvel espace. Au détour d’une colline, cette fois, ils tombèrent sur une autre tribu. La mondialisation n’est pas reposante. La guerre est le moyen d’exprimer sa méfiance et ses différences.
De victoires en défaites et de défaites en victoires, la mondialisation poursuivit son bonhomme de chemin et céda le passage aux envahisseurs romains qui firent commerce et massacres à la grandeur du territoire européen et au delà. Plus tard, dans un nouveau spasme mondialisant, les “découvreurs “ motivés par la richesse, le pouvoir et la célébrité, s’élancèrent sur les océans. Quand, les Incas et les Amérindiens aperçurent ces grands voiliers, ils ne se doutèrent pas que la mondialisation leur tombait dessus. Au nom de la Sainte Église catholique, ils prirent possession, firent génocide, esclavage et pillage après, bien sûr, avoir planté la croix. Femmes violées, terres brûlées, maladies meurtrières importées, peuples disparus, la mondialisation se nourrit de sa rançon. Bien malgré lui, le Christ devint le symbole de la bienfaisante mondialisation.
De nombreux mondialisateurs plus tard, tous du même acabit, toujours assoiffés de pouvoir et asservisseurs de peuples, la mondialisation fit un grand bond avec la révolution industrielle. Cette dernière permit l’abus de certains employeurs, ce qui donna naissance au syndicalisme que regrettent la plupart des employeurs d’aujourd’hui. Deux formidables guerres, comme autant de gigantesques indigestions de la mondialisation, alimentèrent cette révolution fumante et polluante qui offrit en guise de prix de consolation, “ le rève américain “, confort chromé, drive-way asphalté, saisie de salaire, crime organisé, guerre du Viêt-nam et Georges W. Bush.
La mondialisation est incontournable. J’ai toujours trouvé un peu ridicule la question souvent posée aux citoyens : ” Ètes-vous pour ou contre la mondialisation ? Pourquoi pas? “ Ètes vous pour ou contre le coucher du soleil ? ” Les manifestants sérieux, lors des rencontres portant sur le sujet, le reconnaissent. Ce qu’ils souhaitent c’est de faire entendre leurs voix dans les pourparlers préalables à de nouvelles ententes. Rien de plus légitime, de plus démocratique. La mondialisation, si elle laisse les manifestants de l’autre côté de la clôture, laisse dans l’oubli depuis beaucoup plus longtemps, le tiers- monde et cette phase accélérée de la mondialisation dite des économies, que nous connaissons depuis au moins vingt (20) ans, semble ne pas comporter encore cette fois, de préoccupations tiers-mondistes. Cependant, j’ai l’impression qu’à la limite, ce cycle mondialisant signifie un certain partage des richesses résultant des interdépendances économiques. À la même limite, et pour les mêmes motifs, une paix relative semble assurée. On ne tire pas sur ses clients ni sur ses investissements.
Quand un petit colonel, au sortir d’un bar un soir, décidera de renverser un gouvernement, toujours pour les mêmes raisons, la communauté internationale risquera de lui tomber dessus sans délai.
Sans prétention ni rigeur scientifique, je vous donne ma perception de ce phénomène dont on parle depuis peu mais qui a toujours eut cours. On utilise le vocable mondialisation des économies, oubliant que dans le cadre de ce mouvement, la culture est l’ombre de l’économie. Indissociable, elle est entraînée ici comme elle le fut depuis la nuit des temps. Les peuples, dont la culture est vulnérable, ont intérêt à être souverains afin de pouvoir intervenir fermement pour en assurer la survie.
Donc, comme tous les problèmes à l’échelle planétaire sont sous contrôle, on se lance dans l’espace. La mondialisation est spatiale, plate-forme sous les étoiles, Disney World pour astronautes, Comme disait une Canadienne gagnante d’un séjour d’une semaine au paradis, la recherche faite dans le laboratoire céleste servira à solutionner les problèmes sur terre. Que je sache, la recherche spatiale fëte plus que ses cinquante (50) ans et des centaines de milliers d’enfants meurent toujours de faim et de mauvais traitements chaque jour sur la terre, entre autres calamités. Peut-être que notre scientifique faisait référence aux problèmes propres aux téléphones cellulaires ou encore aux sièges des pilotes dans les avions de lignes. Le “ velcro “ nous arrive de l’espace, en effet, on s’en sert pour attacher les sacs de toile utilisés pour inhumer les enfants du tiers-monde. $ 300 ou $ 400 milliards US pour la Toupie Du Temps ( seuls les baby-boomers se souviendront ). Le Canada contribue pour plus de $100 milliards. Elle aura sûrement droit à une autre fin de semaine, la savante que la première dame du Canada a déjà présentée comme un exemple pour la jeunesse.
Depuis des milliers d’années, le comportement humain n’a à peu près pas évolué. À cette époque, il y avait la guerre, le génocide, la famine, la pauvreté, la torture, la corruption, l’assasinat, l’emprisonnement et complot politiques. Nous avons encore tout ça. Les scénarios politiques et économiques sont demeurés les mêmes et donc faciles à voir venir. Seules, la science et la technologie ont évolué de façon significative mais elles furent plus souvent qu’autrement utilisées contre l’être humain. Ces détournements ont provoqué l’émergence d’une multitude d’organismes à vocation humanitaire. Seule manifestation tangible de l’évolution du comportement humain, ces nécessaires coups de cœur, seront souvent contaminés par des dessins politiques. Condamnés à œuvrer dans le sillage de la bêtise humaine, les cœurs généreux ne sont pas à la veille de manquer de travail.
Dans le cadre du Sommet des Amériques, un participant à une émission de télévision eut ce commentaire frappant de réalisme : “- L’être humain est incapable de gérer de grands ensembles.” Ceci est inquiétant et décourageant pour les millions de laissés-pour-compte d’un monde inflammatoire et pour la demi-douzaine d’acrobates de Disney Space. Le passé est garant de l’avenir disent les électeurs philosophes. Je suis porté à croire que l’être humain est plafonné dans sa capacité conceptuelle et souffre de myopie sociale. Il donne ainsi facilement dans le nombrilisme; ma famille, ma job, ma maison, mon char, mon chalet, abdiquant devant l’impossibilité apparente de changer les choses. Le faible taux de participation aux élections est une conséquence directe de cette dernière conviction.
Éventuellement, à la libre circulation des biens, succèdera celle des personnes, comme dans les temps anciens, comme dans la nuit des temps. Même monnaie mêmes politiques, mêmes politiciens, l’uniformisation de la médiocrité. Pour que la réalité permette, une fois pour toutes, les solutions souhaitées aux problèmes humains depuis toujours dénoncés, il faudrait que le matérialisme passe du statut de principal à celui d’accessoire, plaçant ainsi l’être humain au centre des préoccupations gouvernementales , Bien que ceci soit du domaine du possible, c’est pas demain la veille. Et ce n’est pas encore cette fois que la mondialisation dans sa phase actuelle proposera des solutions aux problèmes séculaires de l’humanité.
Telle une marée montante atteignant son sommet, on peut penser que la mondialisation, une fois achevée, amorcera le mouvement inverse, la fragmentation des économies, des cultures, des monnaies, des politiques. La démondialisation, à la gloire de l’impuissance de l’homme (comme disait l’autre), à gérer de grands ensembles. Ceux qui se sont retirés dans leurs cours ombragées, diront sûrement : On s’en fout, on ne sera plus là ! Cet échappatoire populaire, creuse un peu plus chaque jour, le fossé de la déception mondiale, où s’alimentent les opportunistes politiques et économiques, qui trouvent intérêt dans le gonflement des problèmes sociaux, et environnementaux de notre monde.
La démocratie, valeur refuge des hommes, des femmes et des enfants sans pouvoir, apparaît de plus en plus flexible, voire ajustable, pour la plupart des gouvernements démocrates et l’application tordue qu’ils peuvent en faire, assasine l’institution-même. Il y a un prix à payer pour la démocratie, il a pour nom courage et non dollar. Profit à court terme, problème à long terme. La mondialisation est définitivement porteuse de problèmes pour les gens ordinaires et de profits pour les autres.
Je préfère, et de loin, une belle marée montante et agitée, aux parfums du grand large, comme celles que j’ai eu la chance de voir dans un coin retiré de la Nouvelle-Écosse.
Pierre Henri
Mai 2001